« Les Gilets jaunes ont dénoncé les technocrates et les hauts fonctionnaires, mais finalement, ils ont repris à leur compte leur façon de penser l’action publique. Le Référendum d’initiative citoyenne (RIC) repose sur la fiction d’un peuple homogène qui pourrait parler d’une seule voix, alors que nous savons bien que notre société est traversée par de multiples conflits entre des groupes et des classes qui ont des intérêts souvent contradictoires. Un référendum est une pratique institutionnelle qui fait la part belle aux bureaucrates (qui doivent l’organiser) et aux politiciens rompus à ce type d’exercice. Dans les pays où ce genre de consultation a été mis en oeuvre depuis longtemps, on ne peut pas dire qu’il ait fait avancer beaucoup la démocratie. On sait que l’extrême-droite raffole de ces consultations “populaires” car elles permettent souvent de faire passer dans la loi des propositions xénophobes.
On peut penser que la revendication du RIC s’est finalement imposée au détriment des questions sociales parce que c’était la seule façon de maintenir l’unité du mouvement en occultant les contradictions qui le traversent, notamment entre ceux qui appartiennent au milieu patronal et ceux qui sont ouvriers ou employés. »
Gérard Noiriel, Les Gilets jaunes à la lumière de l’histoire,
dialogue avec Nicolas Truong, Le Monde / Editions de l’aube, 2019